Gerhard SCHRÖDER, Chancelier de cœur de la coopération franco-allemande
Voulant couper court à toute fausse idée actuellement véhiculée sur Gerhard SCHRÖDER et sur la coopération franco-allemande qui dénote une fois de plus la profonde méconnaissance des élites françaises de droite sur l’Allemagne et sur le peu d’intérêt accordé à tous les acteurs anonymes qui font au quotidien la richesse de la relation bilatérale, il m’importait d’apporter un éclairage aux contrevérités dénuées de tout fondement qui ont été communiquées par le Président de la Fondation Robert SCHUMAN paru sur le site Internet même de cette fondation et dans un quotidien national le 17 septembre affirmant qu’un changement de majorité au Bundestag remettrait sur les rails la locomotive franco-allemande.(1)
Or force est de constater que les relations franco-allemandes ont gagné au cours des dernières années en intensité et en résistance(2) depuis l’arrivée de Gerhard SCHRÖDER au pouvoir en 1998.
Premier chancelier à ne pas avoir connu la guerre, il aura aidé l’Allemagne à assumer un passé particulièrement difficile et à casser l’image du nain politique et du géant économique qui seyait à la droite française depuis des décennies. Il normalisera et décomplexera ce pays en étant de plus en plus présent dans les relations internationales au moment où la diplomatie française peine à garder ses « zones d’influence traditionnelles ». La coopération franco-allemande est un des domaines où les initiatives sous l’ère SCHRÖDER sont très majoritairement venues de Berlin.
Gerhard SCHRÖDER fut en effet le premier Chef d’Etat allemand dans l’histoire des relations franco-allemandes à procéder à la nomination d’un Conseiller pour les relations franco-allemandes (dont la regrettée Brigitte SAUZAY a occupé à ce jour le seul poste) tout en confortant le rôle Rudolf von THADDEN, alors coordinateur des relations franco-allemandes (véritable lien entre la société civile franco-allemande et l’institutionnel) contrairement au gouvernement RAFFARIN qui préférera opter pour une gouvernementalisation de la coopération franco-allemande selon la formule consacrée d’Alfred GROSSER.
Il a relancé le rôle du Triangle de Weimar et renforcé dans cette optique les relations germano-polonaises en procédant à la nomination d’une coordinatrice pour cette coopération (occupée à ce jour par l’ancienne candidate à la présidence fédérale francophone et francophile Gesine SCHWAN). Quid du développement et de l’envoi de la Brigade franco-allemande en Afghanistan, de l’étroite collaboration entre la France et l’Allemagne pour le projet de constitution européenne, de la création de l’université franco-allemande, de la journée franco-allemande, de la réforme de l’Office franco-allemand pour la Jeunesse, de la création d’un fonds destiné à soutenir les actions culturelles bilatérales en pays tiers, du renforcement de la coopération décentralisée, du développement de la coopération franco-allemande en Afrique, de la possibilité d’obtenir la double nationalité, de la création du Secrétariat général pour la coopération franco-allemande ? Sans l’ère SCHRÖDER et sans une grande partie de l’ère JOSPIN jamais la relation franco-allemande n’aurait pu être aussi prolifique.
La coopération franco-allemande est et restera un des éléments fondamentaux de la conception d’une politique européenne du SPD et du Parti socialiste en constituant un véritable vivier d’idées et d’expériences transnationales essentielles pour préparer l’Europe de demain.
Sous l’impulsion de Gerhard SCHRÖDER et de Franz MÜNTEFERING, les relations entre le SPD et le Parti socialiste sont restées exemplaires malgré les tergiversations françaises actuelles entre « ouitistes » et « nonistes » suite à l’échec du référendum sur le projet de constitution européenne. Les échanges réguliers entre groupes parlementaires des deux partis et les contacts quotidiens entre les deux sièges dénotent une volonté commune d’œuvrer ensemble sans jamais exclure les autres partis sociaux-démocrates à participer activement à la définition d’un projet européen. La création d’un véritable parti socialiste européen ouvert aux militants pilotée par Pierre MOSCOVICI est le parfait exemple de cet engagement permanent franco-allemand qui permet petit à petit l’émergence d’une citoyenneté franco-allemande dans l’esprit internationaliste qui fut celui de Jean JAURES et de bien d’autres avant la première guerre mondiale. Des jumelages entre sections et fédérations voient le jour, le Parti socialiste et notamment les militants de la Fédération de Paris n’hésitant pas à faire campagne à la mi-septembre en France pour le SPD auprès des Allemands résidants en France.
L’engagement exemplaire des socialistes français et des sociaux-démocrates allemands en faveur de la coopération franco-allemande montre bien que cette singularité bilatérale et unique au monde est et restera un élément fondamental de leurs politiques étrangères contrairement aux désirs affirmés de Nicolas SARKOZY et d’Angela MERKEL de démanteler cette même coopération au profit d’une relance pour le moins aléatoire des relations entre Paris, Berlin, Londres et Washington qui mèneraient sans aucun doute l’Europe dans une impasse, enterrant du même coup l’esprit des Pères fondateurs du moteur franco-allemand qu’étaient de GAULLE et ADENAUER et celui d’une Europe indépendante !
Au-delà de toute l’action entreprise par Gerhard SCHRÖDER et Franz MÜNTEFERING au service de la coopération franco-allemande, nous pouvons ainsi affirmer qu’ils ont eu le mérite d’avoir permis le débat sur l’avenir de la social-démocratie à travers les différentes réformes impopulaires mais néanmoins nécessaires impulsées depuis deux ans en Allemagne mais aussi de réaffirmer leur attachement sans faille au développement de la coopération franco-allemande.
Une nouvelle social-démocratie doit à cet égard pouvoir s’affirmer en Europe à travers une véritable nouvelle voie humaine, selon l’expression de Jacques ATTALI. Le Parti socialiste français et le SPD peuvent largement y contribuer en y associant de façon encore plus concrète et plus étroite l’ensemble de leurs militants au développement de la coopération franco-allemande ainsi qu’au débat sur l’avenir de l’Europe qui fait aujourd’hui défaut et de dégager ainsi une vision commune pour une réelle politique de gauche. Cela s’avèrera essentiel pour notre avenir d’Européens, pour affirmer l’ambition d’une Europe sociale, solidaire et indépendante sur une scène internationale gangrenée par une mondialisation effrénée. Car seuls le lien d’amitié étroit et une parfaite harmonie entre nos pays, permettront à l’Allemagne, à la France, ainsi qu’à leurs citoyens d’assurer durablement la paix et le bien-être dans leurs sociétés et en Europe. Nous ne serons forts qu’ensemble. Cela vaut la peine de s’y engager pour atteindre ce but. Les sociaux-démocrates en Allemagne, l’ont toujours fait et continueront à œuvrer dans cette voie(3). Nul doute que les socialistes français sauront répondre à leur tour à cet appel au lendemain du Congrès du Mans en novembre prochain pour que nous puissions un jour enfin parler européen(4).
Gregory DUFOUR
Président du Forum franco-allemand des Socialistes pour l’Europe
Membre du comité de soutien pour le SPD (Rote Wahlmannschaft)
Membre du Parti socialiste et du SPD
(1) http://www.robert-schuman.org/actualite/figaro_jdg_sept2005.pdf
(2) le texte en italique est issu d’une contribution adressée le 19 septembre 2005 par Franz MÜNTEFERING, Président du SPD, à l’auteur de cet article au lendemain des élections législatives allemandes.
(3) ibidem
(4)Aristide BRIAND, républicain de progrès, Prix Nobel de la Paix 1926, débats parlementaires, 26 février 1926

Les représentants du Forum ont également pu être les premiers à féliciter Astrid Klug pour sa nomination à la haute fonction de Secrétaire d'Etat auprès du Ministre fédéral pour l'Environnement S. Gabriel.