Monsieur le Président Pelissard, Monsieur le Président Schäfer, Monsieur le Président Ude, Monsieur le Président Duppré, Monsieur l'Ambassadeur, Mesdames et Messieurs les maires de France et d'Allemagne, Mesdames et Messieurs,
J'ai le plaisir de vous accueillir, au nom du gouvernement fédéral, à l'occasion de la deuxième rencontre des partenariats communaux franco-allemands. Je vous transmets également les salutations cordiales de mon homologue française, Madame Catherine Colonna. Nous avons assisté, hier et aujourd'hui, à un grand nombre de rencontres franco-allemandes très variées; l'emploi du temps de Madame Colonna ne lui permet malheureusement pas d'être à présent parmi nous. Je remercie vivement notre hôte, Monsieur l'Ambassadeur Martin, d'avoir organisé cette rencontre dans cette belle ambassade de France - juste à côté de la porte de Brandebourg. Des décennies durant, ce lieu a été le symbole de la division de Berlin, de l'Allemagne et de l'Europe. Aujourd'hui, il porte à nouveau le nom de "Place de Paris": une manière formidable de nous rappeler aujourd'hui la profonde amitié franco-allemande.
Mesdames et Messieurs,
D'un point de vue historique, les villes d'Allemagne ont été des foyers de liberté et de démocratie - à l'abri des hauts remparts moyenâgeux, l'air de la ville affranchissait! Aujourd'hui, c'est au niveau local mieux que partout ailleurs que les citoyens d'Europe, qu'ils vivent en Allemagne, en France ou dans un autre pays, peuvent apprendre, mettre en pratique et faire l'expérience de la démocratie - lors des élections communales, dans les hôtels de ville, au niveau des décisions qui les concernent directement.
Les villes et les communes furent également des précurseurs de la réconciliation de nos peuples: dès septembre 1950, les maires de Ludwigsburg et de Montbéliard conclurent le premier jumelage franco-allemand de l'après-guerre, et furent rapidement imités par Celle et Meudon ainsi que Karlsruhe et Nancy. Ma ville natale, Nuremberg, a célébré en 2004 le cinquantenaire de son partenariat avec Nice. Les premiers jumelages franco-allemands dans les années 1950 représentaient un pas essentiel après la guerre et la destruction. Konrad Adenauer et Charles de Gaulle poursuivirent sur cette voie lorsqu'ils scellèrent, en 1963, la réconciliation entre la France et l'Allemagne au niveau de l'État, avec la signature du Traité de l'Élysée.
Aujourd'hui encore, les jumelages transfrontaliers jouent un rôle essentiel: pour de nombreux citoyens, il s'agit du cadre dans lequel ils entrent pour la première fois personnellement en contact avec l'Europe. Ce n'est pas sans raison que les jumelages sont en partie financés par la Commission européenne. L'Europe, qui semble souvent agir dans l'ombre à Bruxelles, prend une forme concrète pour les citoyens dans les partenariats communaux. En effet, un jumelage permet avant tout à des citoyens de pays différents de se rencontrer directement l'un chez l'autre, souvent sur la base d'un point commun, par exemple une passion commune pour la musique ou le sport.
À l'heure actuelle, il existe environ 2000 partenariats franco-allemands de villes, de communes, mais aussi de régions. Depuis 1990, de nombreux jumelages ont été conclus avec des communes de l'Est de l'Allemagne, ce qui me réjouit particulièrement. Nous pouvons dénombrer les partenariats communaux, mais pas les nombreuses amitiés et expériences positives qui naissent des rencontres avec les citoyens du pays partenaire, là où ils vivent.
Mesdames et Messieurs,
Tout comme la démocratie dans les villes et les communes est une condition essentielle pour garantir la démocratie au niveau national, les contacts avec d'autres Européens dans les villes et les communes sont une condition importante pour la réussite du projet européen dans son ensemble. En 2005, l'Union européenne a obtenu quelques succès, mais a vécu dans l'ensemble une année difficile et mouvementée. Les référendums sur la constitution en France et aux Pays-Bas nous ont montré que l'UE traverse actuellement une crise. Une certaine distance s'est créée entre l'UE et les citoyens. L'UE a perdu en popularité, peut-être aussi parce que la fonction pacificatrice de l'unification européenne joue désormais un rôle secondaire aux yeux des citoyens et que les problèmes économiques nationaux passent au premier plan.
Les référendums nous ont fait comprendre que nous devons mieux expliquer l'Union aux citoyens, qu'ils doivent être impliqués lorsque nous prévoyons et réalisons des pas supplémentaires sur la voie de l'intégration. En outre, comme on l'a vu l'année dernière, les citoyens européens ont compris que l'Union européenne et les réglementations qu'elle adopte les concernent directement. Les discussions intensives au sujet notamment de la directive sur les services ou, plus récemment, de la directive concernant les services portuaires en sont la preuve. Même si les débats étaient et restent controversés, même s'ils s'accompagnent souvent de critiques envers l'UE, il est réjouissant de constater que les citoyens prennent conscience de l'Europe et qu'ils en discutent de plus en plus.
Le gouvernement fédéral coopère avec la Commission européenne et nos partenaires de l'Union afin de rapprocher l'Europe des citoyens. Les partis au gouvernement ont conclu dans leur accord de coalition d'exploiter de manière intensive la phase de réflexion décidée en juin 2005 afin d'engager un vaste débat avec les citoyens, les partenaires sociaux, les églises et les groupes de la société. Cependant, nous ne devons pas seulement nous adresser à la raison des citoyens, mais aussi conquérir leur cour à la faveur de l'Europe. À cette fin, les rencontres et les échanges de citoyens restent nécessaires. Nous avons besoin des jumelages.
L'UE, les gouvernements des États membres, les Länder et les communes, les villes, les cercles et les districts doivent ouvrer ensemble afin d'emmener les citoyens sur la voie de l'Europe, chacun dans son domaine, mais avec le même objectif et dans la même direction. À ce niveau, les choses bougent actuellement:
- Le gouvernement français, le gouvernement fédéral et les Länder allemands s'engagent depuis quelque temps afin de motiver davantage les jeunes Allemands et les jeunes Français à apprendre assez tôt la langue du pays partenaire. C'est essentiel pour l'amitié franco-allemande ainsi que pour l'Europe: si, dans plusieurs dizaines d'années, nous ne pouvons plus communiquer qu'en anglais, nous risquons de perdre toute compréhension pour les préoccupations et les problèmes du voisin.
- Le gouvernement fédéral et le gouvernement français encouragent les collectivités territoriales, dans les régions frontalières franco-allemandes, à créer des "eurodistricts" afin de concevoir elles-mêmes leur coopération transfrontalière sous une forme nouvelle. L'accord de Karlsruhe, signé en 1997, a mis en place des instruments juridiques appropriés. En outre, le gouvernement fédéral et le gouvernement français collaborent actuellement avec la Sarre, la Rhénanie-Palatinat et le Bade-Wurtemberg en vue de permettre de nouvelles formes pratiques de coopération transfrontalière dans le domaine de la santé et des secours d'urgence: ainsi, à l'avenir, les ambulances françaises et allemandes ne seront plus contraintes de s'arrêter à la frontière de leur pays - ce qui devrait en fait aller de soi.
- Depuis les bouleversements qui ont touché l'Europe centrale et orientale et le renouveau que connaît celle-ci, les communes, villes et régions françaises et allemandes ont conclu également de plus en plus de partenariats trinationaux, avec des partenaires de Pologne, de Hongrie, de République tchèque ou d'ailleurs en Europe centrale et orientale. Je citerai ici à titre d'exemple ma région natale, la moyenne Franconie, qui entretient depuis de nombreuses années un partenariat régional avec le Limousin. Dans le cadre de celui-ci, nous encourageons les échanges entre enfants et adolescents, qui sont accueillis par des familles dans la ville partenaire et apprennent ainsi la langue de l'autre. Nous nous réjouissons des rencontres entre fédérations de football ou de gymnastique, des échanges de chours et de musiciens, des concerts communs, des expositions, mais aussi des rencontres entre personnes âgées ou handicapées de nos villes. À présent, les deux partenaires ont entamé de! s relations avec la voïvodie de Gdansk, tout à fait au sens du Triangle de Weimar. C'est important, car l'Europe ne se termine pas sur la rive de l'Oder ni dans le Bayrischer Wald.
Mesdames et Messieurs,
En nous concentrant sur l'intérieur, sur les perspectives de l'Europe et la coopération franco-allemande dans le cadre de l'Union européenne, nous ne pouvons oublier une évolution qui nous concerne tous. Pour des millions de personnes au Sud et à l'Est de notre continent, l'Europe est une destination de rêve. Des millions de personnes sont déjà arrivées chez nous au cours des dernières décennies, et un grand nombre souhaite suivre. En automne dernier, nous avons constaté non seulement en France, mais aussi en Allemagne, qu'il y a encore beaucoup à faire pour l'intégration des immigrés dans nos sociétés. Promouvoir l'intégration est une tâche transversale qui incombe à la Fédération, aux Länder et aux communes de la même façon. Or, il est vrai que les communes sont les plus touchées par les conséquences négatives d'un manque d'intégration. Il en va tout particulièrement de leur intérêt que des progrès soient réalisés dans ce domaine.
La chancelière Merkel et le président Chirac ont convenu que lors du prochain Conseil des ministres franco-allemand, qui aura lieu le 14 mars, l'intégration des jeunes en particulier serait une priorité des décisions communes. Nous voulons soutenir un processus d'apprentissage, mettre sur pied des actions communes avec d'autres partenaires de l'Union européenne afin d'appuyer les efforts français et allemands. Cela ne peut aboutir sans les expériences, l'engagement et les idées des villes et communes de nos deux pays. Au sein du gouvernement fédéral, je me concerterai très étroitement avec ma collègue Madame Böhmer, ministre adjointe et déléguée du gouvernement fédéral à la migration, aux réfugiés et à l'intégration.
Ce matin a eu lieu au ministère fédéral des Affaires étrangères une réunion d'experts sur la coopération franco-allemande en matière de formation professionnelle. Auparavant, j'avais visité avec mon homologue française Catherine Colonna le "Centre de formation professionnelle SOS Berlin" dans le quartier de Wedding. Les experts que nous avons rencontrés sont unanimes sur le fait que la réussite professionnelle des jeunes est la clé du succès de l'intégration. Mais l'intégration ne peut fonctionner que si les écoles professionnelles, les entreprises et les offres communales sont compatibles. C'est au niveau communal que l'intégration peut être soutenue de la manière la plus efficace. Je suis certain que les villes et communes françaises et allemandes peuvent coopérer de manière fructueuse, même au vu des défis de l'intégration. Un peu partout, des problèmes similaires touchent les communes jumelées et bien souvent, l'un des partenaires possède une expérience plus longue ou pl! us approfondie en rapport avec ces problèmes. Je vous invite à échanger vos points de vue à ce sujet de manière intensive, afin que nous puissions résoudre ensemble l'énorme défi posé par l'intégration des jeunes en particulier.
Mesdames et Messieurs,
Face aux défis qui se présentent à nous, les partenariats communaux franco-allemands sont incontournables. Je souhaite vous encourager, au nom du gouvernement fédéral, à poursuivre sur la voie pavée de succès de ces partenariats et à approfondir et développer ceux-ci là où vous le pouvez. Mais surtout, je vous prie d'encourager les citoyens à mettre à profit les offres de ces partenariats. Cela ne peut que nous être bénéfique! Ces partenariats sont utiles pour nous tous.
Je vous remercie de votre attention
Site du Ministère fédéral des Affaires étrangères : http://www.auswaertiges-amt.de/www/fr/eu_politik/aktuelles/zukunft/d_f_zusammenarbeit/index_html
